1er dimanche careme2026

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (4, 1-11)

En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit: L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.

Douce et puissante humilité

Dans le récit des tentations, le diable apparaît sous son meilleur jour pour séduire Jésus et tirer profit de sa fragilité au terme de 40 jours dans le désert. On imagine la faim et la solitude. Par trois fois, l’esprit du mal veut faire envie en proposant ce qu’un être affaibli voudrait bien obtenir qui plus est sans effort : l’abondance pour se rassasier, l’assurance de la protection pour tout tenter, la toute-puissance pour posséder et dominer. Le Christ n’est pas dupe des « promesses » du diable qui ne valent que pour ceux qui y croient. Mais nous savons bien que tout se paie dans l’effondrement consécutif à l’acte de céder à la
tentation. Le Malin ne nous tente que pour nous faire chuter, alors que le Christ nous encourage à nous élever en nous éloignant du mal et du péché.

Aujourd’hui, les tentations sont réelles et fréquentes sous des aspects moins spectaculaires qu’au désert de Judée. L’une des plus grandes se déploie dans la violence que des dirigeants politiques et des idéologies veulent voir proliférer. Par leurs discours et l’action de groupuscules ou de forces armées, ils cherchent à opposer des peuples voire les habitants d’une même nation entre eux. Ils sont les instruments serviles du Diviseur. Ne croyons pas que les champs de batailles soient loin de notre pays. Les promoteurs de la haine et de la mort s’immiscent dans nos relations sociales, dans le débat politique et peut-être bientôt dans nos hôpitaux et maisons de retraite.
Que faire alors ? Résister ! Non par une réaction violente mais par une douce et puissance humilité, inébranlable à l’égal de Jésus face au Tentateur. Le Carême, par le jeûne, la prière et l’aumône, va forger et consolider la puissance de notre résistance.

P. Vincent Cabanac, aa, curé

 

Dans le Christ, c’est nous qui sommes tentés

Entends ma plainte, Seigneur, écoute ma prière. Qui donc parle ? Il semble que ce soit un seul homme.

Dans son voyage ici-bas, notre vie ne peut pas échapper à l’épreuve de la tentation, car notre progrès se réalise par notre épreuve ; personne ne se connaît soi-même sans avoir été éprouvé, ne peut être couronné sans avoir vaincu, ne peut vaincre sans avoir combattu, et ne peut combattre s’il n’a pas rencontré l’ennemi et les tentations.

Il est donc angoissé, celui qui crie des extrémités de la terre, mais il n’est pas abandonné. Car le Christ a voulu nous préfigurer, nous qui sommes son corps, dans lequel il est mort, est ressuscité et monté au ciel; c’est ainsi que la Tête a pénétré la première là où les membres sont certains de pouvoir la suivre Il nous a donc transfigurés en lui, quand il a voulu être tenté par Satan. On lisait tout à l’heure dans l’évangile que le Seigneur Jésus Christ, au désert, était tenté par le diable. Parfaitement ! Le Christ était tenté par le diable ! Dans le Christ, c’est toi qui étais tenté, parce que le Christ tenait de toi sa chair, pour te donner
le salut ; tenait de toi la mort, pour te donner la vie ; tenait de toi les outrages, pour te donner les honneurs ; donc il tenait de toi la tentation, pour te donner la victoire.
Si c’est en lui que nous sommes tentés, c’est en lui que nous dominons le diable. Tu remarques que le Christ a été tenté, et tu ne remarques pas qu’il a vaincu ? Reconnais que c’est toi qui es tenté en lui ; et alors reconnais que c’est toi qui es vainqueur en lui. Il pouvait écarter de lui le diable ; mais, s’il n’avait pas été tenté, il ne t’aurait pas enseigné, à toi qui dois être soumis à la tentation, comment on remporte la victoire.

Saint Augustin, Homélie sur le psaume 60