Conférence sur le Notre Père
Le Notre Père est la prière centrale des chrétiens. Elle occupe une place unique car elle est la seule prière que Jésus lui-même ait enseignée à ses disciples, celle que nous partageons avec tous les chrétiens. Dans l’Évangile selon Luc, ceux-ci lui demandent : « Seigneur, apprends-nous à prier ». Jésus leur transmet alors cette prière simple et profonde.
Dans l’Évangile selon Matthieu, le Notre Père se situe au cœur du Sermon sur la montagne : Il invite ses disciples à prier non pas pour être vus des autres, mais dans l’intimité du cœur : « Quand tu pries, entre dans ta chambre la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est là dans le secret ». Ce Dieu «caché» est là, même à notre insu.
Le « Notre Père » commence par une invocation qui exprime une réalité essentielle. Jésus révèle un Dieu qui est à la fois le Dieu tout Autre « dans les cieux » et un « Père » tout proche, qui connaît et aime ses enfants. En disant « notre », la prière élargit d’emblée ma prière : elle fait de nous tous des frères et sœurs mais aussi les frères et sœurs de Jésus.
La prière est composée de sept demandes. Les trois premières tournent le regard vers Dieu : son « nom », c’est-à-dire sa personne, son « Royaume/règne », son « désir ». Elles expriment le désir que le monde corresponde davantage au projet de Dieu – projet de vie, de justice et de paix- mais laissent à l’homme la liberté, et l’espace, pour participer à sa réalisation, en se laissant peu à peu transformer.
Les quatre demandes suivantes évoquent les réalités de la vie humaine. On demande le pain « pour le jour qui vient », cette nourriture est pain pour ceux qui ont faim mais aussi nourriture spirituelle : parole et compagnonnage avec le Christ. On demande aussi le pardon, c’est-à dire la libération de tout ce qui nous retient au passé et la cohérence entre le dire et le faire. Être pardonné suppose d’avoir le désir de pardonner à ceux qui ont des torts envers nous et de lâcher nos propres culpabilités ou ressentiments. La prière évoque encore la tentation : la vie comporte des épreuves qui peuvent nous entraîner à douter de Dieu à nous en séparer. Elle demande la libération de ce qui nous attire vers le mortifère.
Ainsi, le Notre Père n’est pas une formule à “réciter“. C’est un chemin de transformation. Il apprend à se tourner vers Dieu en vérité. C’est une prière qui nous engage, où nous disons notre adhésion et qui nous encourage à chercher nos propres chemins en tant que fille/fils héritier et libre, qui se sait aimé, à qui est assurée la confiance. Par cette prière, les croyants entrent dans la relation filiale que Jésus lui-même vit avec le Père et découvrent qu’ils sont appelés à vivre comme des frères.
D’après la conférence « Le Notre Père » par Marie-Laure Veyron-Maillet du 9 mars
M-L Veyron, Chemin de haute mer, Ed. Domens. Le Toucher dans les Evangiles, Ed. Cerf

« Toi, quand tu pries, entre dans ta chambre la plus reculée, et, après avoir fermé ta porte, prie ton Père, lui (qui est) dans ce qui est secret , et ton Père qui voit dans ce qui est secret, te fera un don en retour. »
“Que nul, quand il est tenté, ne dise: «Ma tentation vient de Dieu.» Car Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne”
Jc 1, 13