Les Confessions de saint Augustin : Aveux pour une conversion

Les Confessions de saint Augustin d’Hippone ne sont pas seulement le récit d’une vie passée. Elles sont avant tout le témoignage d’un homme qui ose regarder son histoire en vérité pour y découvrir l’action de Dieu. Augustin n’écrit pas pour se glorifier, ni pour raconter ses exploits intellectuels ou spirituels. Il écrit pour confesser : confesser ses fautes, sa foi et surtout la miséricorde de Dieu.
Dans les premiers livres des Confessions, Augustin relit son passé avec une grande honnêteté. Il parle de ses erreurs, de ses désirs désordonnés, de son orgueil, de ses recherches parfois éloignées de Dieu. L’épisode célèbre du vol des poires en est un exemple frappant : il reconnaît avoir fait le mal non par nécessité, mais simplement pour le plaisir de transgresser. À travers cet aveu, Augustin découvre quelque chose de profondément humain : nous pouvons nous éloigner du bien, même lorsque nous savons qu’il ne nous apportera aucun vrai bonheur.
Mais l’objectif d’Augustin n’est pas de s’enfermer dans la culpabilité. Au contraire, il montre qu’une conversion devient possible lorsque l’homme accepte de regarder sa propre vie avec vérité. Avant de changer, il faut d’abord accueillir ce que nous sommes réellement : nos limites, nos blessures, nos contradictions, mais aussi nos désirs profonds. Augustin comprend peu à peu que fuir son cœur l’éloigne de Dieu, tandis qu’entrer en lui-même lui permet de découvrir une présence déjà à l’œuvre. C’est pourquoi il écrit cette phrase célèbre :
« Ne va pas au dehors, rentre en toi-même ; c’est dans l’homme intérieur qu’habite la vérité. » (Saint Augustin, De vera religione, XXXIX, 72) La conversion d’Augustin ne s’est pas faite en un instant. Elle a été un long chemin intérieur, marqué par des recherches intellectuelles, des hésitations et des combats. Pourtant, au cœur de cette quête, il découvre que Dieu ne cesse jamais de le chercher avant même qu’il ne cherche Dieu lui-même.
Les Confessions nous rappellent alors une vérité essentielle : la foi chrétienne n’est pas réservée à ceux qui ont une vie parfaite. Elle commence souvent dans la fragilité, dans l’aveu sincère de ce que nous sommes. Reconnaître sa pauvreté intérieure n’est pas une faiblesse ; c’est déjà ouvrir un espace où Dieu peut agir. Ainsi, chez Augustin, l’aveu devient chemin de lumière. En accueillant son histoire telle qu’elle est, il permet à Dieu de la transformer. Et c’est peut-être cela, la véritable conversion : non pas devenir quelqu’un d’autre, mais laisser Dieu faire naître en nous ce que nous sommes appelés à devenir.

D’après la Conférence du 19 mai 2026, donnée par le P Vincent Cabanac, assomptionniste

Texte distribué : Saint Augustin (354-430), Confessions, X, 5

Ce que je sais, de toute la certitude de la conscience,
Seigneur, c’est que je t’aime.
Tu as touché mon cœur de ta parole, et à l’instant je t’aimai.
Le ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent
ne me disent-ils pas aussi de toutes parts qu’il faut que je t’aime ?
Et ils ne cessent de le dire aux humains.

Qu’aimé je donc en t’aimant ?
Ce n’est pas la beauté selon la dimension,
ni la gloire selon le temps,
ni l’éclat de cette lumière amie à nos-jeux,
ni les douces mélodies du chant,
ni la suave odeur des fleurs et des parfums,
ni la manne, ni le miel, ni les délices de la volupté.

Ce n’est pas là ce que j’aime en aimant mon Dieu,
et pourtant j’aime une lumière, une mélodie, une odeur, un aliment, une volupté,
en aimant mon Dieu ;
cette lumière, cette mélodie, cette odeur, cet aliment, cette volupté,
suivant mon être intérieur;
lumière, harmonie, senteur, saveur, amour de l’âme,
qui défient les limites de l’étendue, et les mesures du temps,
et le souffle des vents, et la dent de la faim, et le dégoût de la jouissance,
voilà ce que j’aime en aimant mon Dieu.

J’ai si longtemps erré comme une brebis egarée…
Je t’ai cherché dans les merveilles que tu as créées :
J’ai demandé à la terre si elle était mon Dieu,
elle m’a répondu que non.

Je l’ai demandé à la mer, à ses abîmes :
tous les êtres qu’ils contiennent m’ont répondu :
cherchez-le au-dessus de nous.

J’ai interrogé le ciel, la lune, le soleil, les étoiles,
toutes m’ont répondu : nous ne sommes pas ton Dieu.

Et je dis enfin à tous les objets qui se pressent aux portes de mes sens :
« Parle-moi de mon Dieu, puisque vous ne l’êtes pas ;
dites-moi de lui quelque chose.
Et ils me crient d’une voix éclatante :
« C’est lui qui nous a faits (Psaume 100, 3). »

Maudit soit l’aveuglement qui m’empêchait de te voir.
Maudite soit la surdité qui ne me permettait pas d’entendre ta voix !
Sourd et aveugle que j’étais,
je ne m’attachais qu’aux merveilles de ta création.

Je me suis fatigué à te chercher hors de moi,
Toi qui habites en moi.

J’ai parcouru les bourgs et les places publiques,
et je ne t’ai pas trouvé,
parce que je cherchais en vain ce qui était en moi.

Mais tu m’as éclairé de ta lumière,
alors je t’ai vu et je t’ai aimé,
car on ne peut t’aimer sans te voir,
ni te voir sans t’aimer.


Ô temps malheureux où je ne t’ai pas aimé !