L’intériorité et la communauté : deux chemins chez saint Augustin
9 décembre 2025 – conférence du P. Jean-François PETIT,
« Noli foras ire, in te ipsum redi. » – « Ne va pas au-dehors, rentre en toi-même. » Cette invitation de saint Augustin résume l’un des aspects les plus profonds de sa pensée : la découverte de Dieu commence par un retour vers l’intérieur. Pour l’évêque d’Hippone, l’homme ne trouve la vérité qu’en se laissant conduire vers ce sanctuaire intime où Dieu demeure déjà. L’intériorité n’est pas un refuge coupé du monde, mais un lieu de rencontre : avec soi-même, avec son propre désir, et avec Celui qui donne sens à toute vie.
Augustin rappelait souvent qu’on risque de se disperser dans mille choses, de « s’étaler » à la surface du monde, d’être assailli par les soucis. L’intériorité est alors un appel à l’unité. Elle permet de reconnaître ce qui, en nous, est désir authentique : la paix, la joie, la vérité. Elle ouvre l’espace où la Parole de Dieu peut être entendue et où l’homme peut se laisser façonner. C’est pourquoi Augustin est un maître pour ceux qui cherchent à prier sans fuir la réalité, mais en s’enracinant plus profondément en Dieu.
Cette quête intérieure ne suffit pas. Augustin affirme avec force que personne ne parvient à Dieu seul. La conversion, pour lui, n’est jamais une aventure individuelle. Dès qu’il a été baptisé, il décide de vivre avec des frères ; lorsqu’il devient prêtre, puis évêque, il continue à partager sa vie, sa prière, ses biens. L’intériorité conduit naturellement à la communauté.
Pour Augustin, vivre ensemble n’est pas une simple option pratique : c’est une manière de refléter l’Église telle que Dieu la veut. La communauté est le lieu du pardon mutuel, de la recherche commune de la vérité, de l’accueil des fragilités. Elle oblige à sortir de ses illusions pour aimer de manière concrète. C’est pourquoi il invitait ses frères à tout mettre en commun : non seulement les biens matériels, mais aussi leurs talents, leurs questions, leurs pauvretés. L’intériorité ouvre la porte à Dieu ; la communauté nous apprend à aimer comme lui.
Ces deux dimensions se tiennent étroitement : « je me découvre habité par Dieu, et cette présence divine me renvoie toujours aux autres ».
À Noël, lorsque nous contemplons le Dieu fait enfant, ce double mouvement devient lumineux. Dieu entre dans l’humanité par la voie la plus intérieure, celle du cœur, mais Il vient aussi créer une famille nouvelle, une communauté ouverte à tous.
Suivre Augustin aujourd’hui, c’est apprendre à faire silence pour écouter Dieu à l’intérieur, et à ouvrir nos mains pour accueillir nos frères, nos sœurs. Deux chemins, un seul mouvement : celui d’une vie transformée par l’amour.
Fr Bui Tien. D’après la conférence du P. Jean-François PETIT, aa,
le 9 décembre 2025 à Sainte-Thérèse à Montpellier.