Saint Augustin révèle l’œuvre de l’Esprit Saint dans la vie des chrétiens?

Conférence du 17 mars (15h et 20h30)

Conférence du P. Allan Fitzgerald, Augustin américain, spécialiste international, ancien professeur à l’Augustinianum (Rome) Le P. Allan Fitzgerald est un religieux augustin américain. Il a connu très tôt le P. Robert Francis Prevost qui a étudié à l’université Villa Nova près de Philadelphie. Après sa thèse de doctorat sur la pénitence aux premiers siècles, il s’est spécialisé dans l’étude des écrits de saint Augustin. Il viendra enseigner à Rome (1997-2009) où son ordre possède près du Vatican l’Augustinianum, institut patristique de large rayonnement. Il est revenu aux Etats-Unis pour diriger l’Institut augustinien (2009-2019). Il a dirigé l’édition de l’Encyclopédie saint Augustin (Cerf 2005).

Psaume 4

02 Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice ! Toi qui me libères dans la détresse, pitié pour moi, écoute ma prière !

03 Fils des hommes, jusqu’où irez-vous dans l’insulte à ma gloire, l’amour du néant et la course au mensonge ?

04 Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle, le Seigneur entend quand je crie vers lui.

05 Mais vous, tremblez, ne péchez pas ; réfléchissez dans le secret, faites silence.

06 Offrez les offrandes justes et faites confiance au Seigneur.

07 Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? » Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage !

08 Tu mets dans mon cœur plus de joie que toutes leurs vendanges et leurs moissons.

09 Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d’habiter, Seigneur, seul, dans la confiance.

Augustin, Commentaire du Psaume 4

2- « Quand je priais, le Dieu de ma justice m’a exaucé (Ps 4,2) ». Ma prière, dit-il, a été exaucée par Dieu, auteur de ma justice. « Dans les tribulations, vous avez dilaté mon cœur (Ps 4 2), vous m’avez fait passer des étreintes de la douleur aux dilatations de la joie; car la tribulation et l’étreinte sont le partage de l’âme, chez tout homme qui fait le mal (Rm 2,9) ». Mais celui qui dit : « Nous nous réjouissons dans les afflictions, sachant que l’affliction produit la patience »  ; jusqu’à ces paroles : « Parce que l’amour de  Dieu est répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné (Rm 5,35) » : celui-là n’endure point les étreintes du cœur, quoi que fassent pour les lui causer ses persécuteurs du dehors. Le verbe est à la troisième personne, quand le Prophète s’écrie : « Dieu m’a exaucé », et à la seconde, quand il dit : « Vous avez dilaté mon cœur » ; si ce changement n’a point pour but la variété ou l’agrément du discours, on peut s’étonner qu’il ait voulu d’abord proclamer devant les hommes qu’il a été exaucé, puis interpeller  son bienfaiteur.  Sans doute qu’après avoir dit qu’il a été exaucé dans la dilatation de son cœur, il a préféré s’entretenir avec Dieu, afin de nous montrer par-là que dans cette dilatation du cœur, Dieu lui-même se répand dans notre âme qui s’entretient avec lui intérieurement. … dans cette dilatation du cœur, Notre-Seigneur peut parler au nom des fidèles, dont il s’attribue le rôle quand il dit : « J’ai eu faim, et vous ne m’avez pas nourri ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez point donné à boire (Mt 25,35), et le reste. De même encore Notre-Seigneur peut dire : « Vous avez dilaté mon cœur », en parlant au nom de quelque humble fidèle, qui s’entretient avec Dieu dont il ressent en son âme l’amour répandu par l’Esprit-Saint qui a été donné. « Ayez pitié de moi,  écoutez mes supplications (Ps 4,2) ».

6- « Mettez-vous en colère, mais ne péchez point (Ps 4,5) ». On pouvait se demander : Qui est digne d’être exaucé, ou comment ne serait-il pas inutile pour le pécheur de s’adresser à Dieu ? Le Prophète répond donc : « Entrez en colère, mais ne péchez point ». … [Cela signifie :] Faites pénitence, entrez en colère contre vous-mêmes, à cause de vos désordres passés, et ne péchez plus à l’avenir. « Ce que vous dites, dans vos cœurs », suppléez : « dites-le », de manière que la pensée complète soit celle-ci : Dites bien de cœur ce que vous dites, et ne soyez pas un peuple dont il est écrit : « Ce peuple m’honore des lèvres, et les cœurs sont loin de moi (Is 29,13). Soyez contrits dans le secret de vos demeures (Ps 4,5) ». Le Prophète avait dit dans le même sens : « Dans vos cœurs », c’est-à-dire dans ces endroits secrets où le Seigneur nous avertit de prier après en avoir fermé les portes (Mt 6,6). Ce conseil : « Soyez contrits », ou bien recommande cette douleur de la pénitence qui porte l’âme à s’affliger, à se châtier elle-même, pour échapper à cette sentence de Dieu qui la condamnerait aux tourments, ou bien c’est un stimulant qui nous tient dans l’éveil, afin que nous jouissions de la lumière du Christ. Au lieu de : «  Repentez-vous », d’autres préfèrent : «  Ouvrez-vous », à cause de cette expression du psautier •grec : καταυοίγήτε qui a rapport à cette dilatation du cœur nécessaire à la diffusion de la charité par l’Esprit-Saint.

7- « Offrez un sacrifice de justice, et espérez au Seigneur (Ps 4,6) ». Le Psalmiste a dit ailleurs : « Le sacrifice agréable à. Dieu est un cœur contrit (Ps 50,19) ». Alors un sacrifice de justice peut bien s’entendre de celui qu’offre une âme pénitente … en sorte que le vieil homme étant détruit ou du moins affaibli par la pénitence, l’homme devenu nouveau par la régénération, offre à Dieu un sacrifice de justice, quand l’âme purifiée s’offre et s’immole sur l’autel de la foi, pour être Consumée par le feu divin ou par le Saint-Esprit. En sorte que : « Offrez un sacrifice de justice et espérez dans le Seigneur », reviendrait à dire : Vivez saintement, attendez le don de l’EspritSaint, afin que vous soyez éclairés par cette vérité à laquelle vous avez cru.


Texte du Père Allan Fitzgerald

Bien qu’il parle plus fréquemment de l’œuvre du Christ que de celle du Saint-Esprit, cela n’invite en aucun cas à privilégier l’une par rapport à l’autre quant à leur médiation dans la vie chrétienne. « Le principe augustinien de l’interpénétration des personnes divines l’emporte finalement sur son principe de distinction des caractéristiques entre elles, même au niveau de l’action divine dans l’âme humaine. » Dans le troisième sermon sur le Psaume 32, où il parle du verset 6 : « Par la parole de l’Éternel les cieux ont été faits, par le souffle de sa bouche toute leur armée », il dit :

« Remarquez, frères et sœurs, que l’œuvre du Fils et l’œuvre du Saint-Esprit sont identiques. … Écoutons maintenant l’unique œuvre du Fils et du Saint-Esprit. Le Fils de Dieu est, bien sûr, la Parole, et le souffle de sa bouche est le Saint-Esprit. Par la parole du Seigneur, les cieux ont été établis. Mais que signifie « établis », sinon avoir une force ferme et stable ? Et le souffle de sa bouche est toute leur force. Le psaume aurait pu dire : « Par le souffle de sa bouche les cieux ont été établis, et toute leur force par sa parole », car toute leur force est la même chose qu’ « ont été établis ». Voilà donc l’œuvre du Fils et du Saint-Esprit. Sans le Père ? Non, bien sûr que non, car qui d’autre agit par sa Parole et son Esprit, sinon le Père, dont ils sont la Parole et l’Esprit ? Cette Trinité est le seul Dieu. »

Dans ce passage et en plusieurs autres, le lien entre l’œuvre du Saint-Esprit et l’œuvre du Fils et du Père est affirmé — non pas seulement comme une affirmation théologique ou doctrinale, mais pour accentuer l’unité de l’action de Dieu au cœur de la foi et de la pratique des chrétiens.

« Si vous demeurez en Dieu et vous réjouissez de la splendeur de sa vérité, vous n’avez nul besoin de chercher un lieu où jouir de sa lumière ; c’est votre conscience qui vous rapproche de lui, et c’est elle qui vous en éloigne. L’invitation, « Approchez-vous de lui et recevez sa lumière » (Ps 33,6), s’adressait à votre âme, non à vos moyens, à vos intentions aimantes, non à vos pieds. Et lorsque vous aurez pris appui sur lui, vous ne souffrirez pas de la chaleur. Le Saint-Esprit soufflera sur vous, et sous ses ailes vous serez en sécurité. » [En. Ps. 144, 3]

Ailleurs, évoquant l’attitude du prédicateur, Augustin affirme qu’il est essentiel de prier avant de prendre la parole. Mais, au moment de prêcher, qui peut savoir ce qu’il convient de dire, ou ce qu’il convient à autrui d’entendre, sinon celui qui peut sonder nos cœurs ? Augustin conclut alors :

« Au moment précis où il doit parler, qu’il médite sur ce qui convient bien mieux à l’esprit sage : ce que le Seigneur a dit : Ne vous inquiétez pas de ce que vous direz, ni de la manière dont vous le direz, car ce que vous aurez à dire vous sera donné à ce moment-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10, 19-20). Si l’Esprit Saint parle donc à ceux qui sont livrés aux persécuteurs à cause du Christ, pourquoi ne parlerait-il pas aussi à ceux qui transmettent le Christ aux disciples ? »

En d’autres termes, Augustin, en tant que prédicateur, ne lit pas un texte préparé, mémorisé ou imprimé. Il se place dans une attitude de réception de ce que lui inspire le Saint-Esprit, s’engageant ainsi dans le plan de Dieu plutôt que dans ses propres préférences et possibilités.